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Dennis Hopper & le nouvel Hollywood

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Si tant est que ce terme est un sens, Dennis Hopper est une icône. Son domaine d’intervention couvre la quasi-totalité des arts visuels. Acteur, il a joué dans La Fureur de vivre, L’Ami américain, Apocalypse Now ou Blue Velvet. Sans oublier un nombre considérable de navets. Cinéaste, il est l’auteur d‘Easy Rider le film emblématique de la contre-culture. Peintre, il se rattache au pop-art, tendance Rauschenberg. Il est aussi photographe.

L’une de ses premières œuvres plastique est un ready-made, réalisé en collaboration avec Marcel Duchamp (So chic !). En 1963, la première rétrospective du père (alors bien oublié) de l’art contemporain est organisée à Pasadena. Duchamp loge à l’hôtel Green. Hopper, qui est accouru pour le rencontrer, décroche la pancarte d’entrée de l’hôtel figurant un doigt pointé qui lui évoque le tableau Tu m’ de 1918 et la fait signer par Duchamp (1). Le ready-made est baptisé Signed Sign (Signe signé) (2). De Duchamp, Hopper retient que l’artiste n’est plus là pour peindre le monde mais pour désigner des objets, et de ce seul fait, les transformer en œuvres d’art. Ce petit happening artistique cristallise tout le talent de Hopper pour le cross-over (3), notion parfaitement américaine, qui élève le métissage, la contamination d’un champ culturel par un autre, au rang d’œuvre nouvelle.

67a.1225816982.jpg La pratique photographique de Dennis Hopper incarne, à elle seule, sa capacité à aborder de plein pied toutes les facettes de la culture américaine moderne. Esthétiquement, la photographie de Dennis Hopper a évolué, mais dans sa première période elle est liée à la street-photography comme en témoigne le célèbre (et quasi-duchampien) Double Standard (1961). Photo que ne renierait sans doute pas Lee Friedlander. Les thématiques photo de Hopper témoignent de son implication aussi bien dans les arts populaires que dans le champ de l’art contemporain. La série de photos qui ouvre le catalogue de la rétrospective Hopper à la Cinémathèque française témoigne de son éclectisme : on y trouve un portrait de groupe de Warhol et de membres de la Factory (1963), des portraits d’Ed Ruscha (1964) et Robert Rauschenberg (1966), le Double Standard, une photo de manifestation en Alabama (1965) et un couple de motards (1961).

67b.1225818286.jpg En 1963, il réalise une séquence photographique avec les images en close-up d’une télé qui diffuse les obsèques de John F. Kennedy. À ma connaissance, c’est l’un des plus anciens exemple de TV shots. Là encore, mélange de médiums, de registres. Dans les années 1960 toujours, il photographie ses collègues hollywoodiens (Paul Newman nu, sur lequel se dessine l’ombre d’un grillage, Jane Fonda avec une cible de tir…) Autant de motifs aussi graphiques que polysémiques. Il s’intéresse aussi aux stars de la pop musique (Phil Spector, James Brown, Ike et Tina Turner…). Prend des photos de rues, de Martin Luther King et continue de portraiturer ses amis plasticiens (James Rosenquist, Roy Lichtenstein…). Point commun de toutes ces images : il s’agit de la représentation d’une représentation. Arts mineurs ou majeurs, action politique ou architecture publicitaire, Dennis Hopper photographie la société du spectacle.

Depuis les années 1990, Dennis Hopper photographie en couleur et en gros plan des murs taggés par des anonymes. Ces images évoquent à la fois les graffitis de Brassaï et les œuvres de Basquiat. Toujours le cross-over entre art et culture populaire. Du pop-art photographique en somme.