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8 ème ART: LIBRAIRIE/GALERIE

35.00

Coréennes — Chris Marker

Image of Coréennes — Chris Marker

En mai 1958, le parti communiste français organise un voyage en République populaire de Corée à l’attention de quelques intellectuels et artistes, parmi lesquels Armand Gatti, Claude Lanzmann, et Chris Marker. La guerre de Corée s’est achevée le 27 juillet 1953. On estime le nombre de morts, militaires et civils confondus, à près de 4 millions.

Chris Marker découvre un pays détruit et diabolisé dans l’esprit occidental et le contexte de la guerre froide comme faisant partie du bloc communiste, à l’époque encore unifié. Mais Coréennes ne relève pas plus que l’ensemble de son œuvre d’une pensée idéologique. C’est l’objet de ce livre d’images (environ 130 photographies, sans compter les gravures, cartes, planches de BD, accompagnées d’une trentaine de pages de texte) que de ressaisir le présent de la « Corée du nord » dans une histoire longue, celle de la culture, des traditions, de la beauté et de la force d’un pays attelé à sa reconstruction ; en rappelant que c’est aux Coréens qu’on doit l’invention du « cuirassé au XVIe siècle […], des caractères mobiles d’imprimerie, et de la gravure sur bois, première encyclopédie nationale, premier observatoire astronomique… ».

Coréennes est, au sens le plus fort du terme, un essai photographique. La référence au cinéma (le livre a paru dans une collection « court-métrage » – qui n’eut pas de suite) attire l’attention sur la mise en page (réalisée par Marker), avec ses blancs, ses ruptures d’échelle, ses titres typographiés et ses blocs de texte. Les chapitres n’indiquent aucun contenu thématique, et laissent la relation texte-image se déployer librement, selon un principe d’échos variables. Les photographies s’organisent entre elles par affinités formelles ou par situations (l’extermination, le théâtre, les huit géants de pierre du tombeau de Kong-Min, le « roi-peintre », la fête le dimanche à Wonsan, etc.), comme autant de brefs épisodes vus, vécus et pensés par l’auteur.

C’est ce livre, paru au Seuil en 1959, épuisé et jamais réédité, que L’Arachnéen réédite en fac-similé pour le remettre à la disposition des lecteurs et spectateurs, et rappeler ainsi la place déterminante qu’il occupe dans l’œuvre de Chris Marker.